À l’Estère et à Desdunes (Artibonite), le secteur agricole souffre et agonise sur de larges bandes de terre

Pour les paysans, la catastrophe est à nos portes. L’état de sécheresse qui s’abat sur une grande partie du département de l’Artibonite résultant des options dangereuses privilégiées par l’État haïtien sont mises en cause dans le désastre agricole à l’Estère

par Hervé Noël

Avec l’âme en peine, un paysan décrit une situation atterrante. À ‘’Bwa Deyò’’, localité de la commune de l’Estère, la vie agricole meurt à petit feu au mépris des autorités concernées. Les espaces agricoles, les terres fertiles affrontent la dure réalité d’une sécheresse inédite.

‘’De 1977 à 1990, ces 395 hectares de la section communale de ‘’Bayaronne’’ représentaient un grenier dans la production rizicole. Après une longue période d’inconstance, René Préval avec sa politique de réforme agraire avait donné de l’oxygène à la culture du riz dans l’Artibonite. Cependant, de 2012 à nos jours, c’est l’état végétatif de l’agronomie’’, se plaint un paysan qui a requis l’anonymat.

Le système d’irrigation, les intrants agricoles, la Caravane du Changement promoteurs de l’échec ?

La drame du secteur agricole à Desdunes relève d’un ensemble de choix imposés compromettant des initiatives préalablement engagées, analyse un agriculteur abattu. Le système d’irrigation en extension sur Péligre est organisé de manière à saper tout effort de revalorisation de la culture agraire. ‘’Au mois de Décembre régulièrement, l’eau répond à l’appel. Cependant, au bout du mois de Mars, la crise de l’eau s’est accentuée et menace les récoltes. Les canaux d’irrigation ne sont plus alimentés en raison d’une distribution critique et de la priorité accordée à la production électrique ’’, affirme pour sa part Dieubon Joseph.

S’agissant de la disponibilité de l’intrant agricole, les paysans évoquent une politique vouée à déstabiliser la production nationale. L’absence d’une ligne de crédit agricole et les tarifs imposés pour disposer de la semence fragilisent la récolte.’’ Avec un prix instable et les tractations qui en découlent, les acteurs du système sont mis à genoux. Le sac de l’intrant fixé à 2500 Gourdes n’est nullement profitable aux paysans’’, défend un agriculteur.

Importation de riz, complot ourdi contre la production nationale

Le déclin du secteur rizicole dans l’Artibonite est symptomatique d’options ‘’kamikaze’’ prônées par l’État. La libération du marché des denrées alimentaires a ouvert la voie à l’abandon des terres cultivables et la chute de la production nationale. En moins de deux décennies, les récoltes ont considérablement diminué, expose Paul André.’’ À ‘’Ti Desdunes’’, 1000 hectares à raison de 7 tonnes par hectares sont habilités à produire au moins 70 mille tonnes de riz. Malheureusement, depuis une décennie la production a flanché. Cet état de fait est lié par un complot tissé du secteur privé visant à éliminer la paysannerie’’, déclare-t-il.

La dernière mesure d’éliminer les droits de douane sur certaines denrées agricoles, porte un coup fatal à l’agriculture et prolonge le désarroi dans le cœur des agriculteurs. Et la sécheresse n’est qu’une partie de l’iceberg.

Herve Noël
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