Dubaï face à la régression économique… des conséquences sur son attractivité

Alors que l’émirat du Dubaï se prépare pour l’organisation de l’Expo 2020, il enregistre une récession économique, ce qui impacte fortement sa compétitivité.
L’émirat de Dubaï a connu pendant les deux dernières décennies une croissance forte grâce à son attractivité pour les investissements directs étrangers. Dans cet émirat où le pétrole représente seulement 6 % des revenus, une diversification économique a été mise en place et un développement fulgurant des services a été constaté surtout dans des secteurs comme : l’immobilier, le tourisme, l’aéronautique et la finance.

De même, l’émirat a pu avoir l’organisation de L’Exposition Universelle en 2020 qui se tiendra du 20 octobre 2020 au 10 avril 2021 et célèbrera le 50e anniversaire des Émirats arabes unis. Dans cet évènement, Dubaï espère recevoir 180 pays avec 25 millions de visiteurs attendus, dont 70 % internationaux, et créer 277 000 emplois à travers l’investissement dans une dizaine de projets.

Cette dynamique ambitieuse rencontre plusieurs contraintes suite au ralentissement économique enregistré à Dubaï l’année dernière. On note une baisse dans le secteur du tourisme et dans les investissements directs étrangers. De plus, la valeur des actions des deux plus grandes entreprises de l’immobilier Emaar Properties et Damac Properties a baissé de 30 % en 2018 suite à la chute de la demande expliquée par la mise en vigueur de nouvelles taxes notamment la Taxe à Valeur Ajoutée (TVA). Selon un rapport du Kuwait Financial Center “Marzak”, les ventes de projets immobiliers en construction à Dubaï ont chuté de 46 % au premier trimestre 2018, tandis que les ventes de propriétés ont chuté de 24 %. À ce point, il y a une baisse du revenu individuel de 45 000 dollars en 2013 à 37 000 dollars en 2018, l’émirat qui été aux yeux de beaucoup d’expatriés attractif pour les offres de travail intéressantes et les salaires élevés perd cette réputation.

Cette récession économique peut être expliquée par l’influence du comportement politique d’Abou Dabi, la capitale des Émirats arabes unis (EAU) qui détient le pouvoir militaire et les relations étrangères. L’intervention d’Abou Dabi dans des dossiers régionaux impacte la politique des EAU qui avaient une neutralité considérable par rapport aux conflits du monde arabe. Dans ce contexte, l’implication militaire des EAU au Yémen influence l’image économique et l’attractivité des affaires. Cette guerre menée par l’Arabie Saoudite et les EAU contre les rebelles des Houthis soutenus par l’Iran a engendré selon les Nations Unies un bilan catastrophique, le conflit a causé la mort de près de 10 000 personnes et des 2,3 millions de personnes déplacées.

L’influence d’Abou Dabi prend une forme concurrentielle, puisque cette dernière ne cesse pas de rivaliser Dubaï sur des projets de développement, à l’égard de la création de la compagnie Etihad qui grimpe les parts de marché de la compagnie aérienne de Dubaï Fly Emirates, ce qui risque de créer un effet de cannibalisation sur le marché émirati.
Dans la même lignée, la crise du Golfe entre le Qatar d’un côté et les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Bahreïn et l’Égypte d’un autre côté, impacte l’économie des EAU, et particulièrement Dubaï. Il y a 90 entreprises émiraties au Qatar et presque 1000 entreprises mixtes avec un capital 4,5 milliards de dollars.

Selon Bloomberg, la chaine de production de plusieurs entreprises a été arrêtée, d’autres rencontrent des difficultés à accomplir leurs engagements et elles ont perdu le marché qatari. Il s’agit d’Al Khaleej Sugar qui a perdu une cible de consommateur très importante, Drake & Scull implanté à Dubaï a perdu 10 % de sa part marché et elle réalise des projets d’une valeur de 136 Millions de Dollars notamment le projet du Métro Doha dont l’inauguration est prévue en 2020.

Dans le secteur bancaire, la banque Emirates NBD basée à Dubaï souffre des retards de financement et de l’image négative de la crise impactant la confiance des investisseurs. La banque Standard Chartered a publié un rapport indiquant que les sociétés financières de Dubaï enregistrent des baisses dans leurs transactions, ainsi que des pertes dans les relations avec la clientèle, les envois de fonds et les dépôts en raison du blocus. Ce qui influence fortement l’attractivité économique du Dubaï en tant que hub financier et commercial mondial. L’émirat héberge 400 sociétés financières et 14 des principales banques mondiales qui cherchent à profiter des facilités d’investissement et des incitations fiscales.

De plus, la bourse de Dubaï accumule des difficultés depuis quelque temps et son port souligne moins de flux commerciaux, contraint par la concurrence du nouveau port Hamad au Qatar et le port de Salalah à Oman.

Il s’ajoute à cela l’impact des sanctions américaines sur l’Iran, troisième partenaire économique des EAU, d’où viennent 27 % des importations iraniennes. Dubaï qui accueille les grosses fortunes iraniennes sera obligé de freiner ses relations économiques avec Téhéran pour éviter les sanctions du Washington.
En somme, plusieurs indicateurs sont en rouge et les doutes sur la fin des années glorieuses du Dubaï se profilent à l’horizon.

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